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Interventions médiatiques

Marcel Grignard dans L'Humanité

Cohérence entre intérêt général et intérêt particulier

La CFDT et la CGT proposent en commun de refonder la représentativité syndicale en prenant pour base le vote des salariés élisant leurs représentants au sein de l'entreprise. Cette proposition traduit la volonté de donner aux salariés les moyens de dire et d'agir sur tout ce qui touche leur vie au travail. Les salariés ne veulent pas que l'entreprise décide en ignorant leurs intérêts et leurs aspirations. Élire ses représentants dans l'entreprise, agir avec eux, obtenir les meilleures garanties possibles dans des accords signés par des syndicats représentant une majorité de salariés, c'est concilier efficacité et légitimité des syndicats et de la négociation. La négociation doit prendre en compte les intérêts individuels des salariés, mais aussi l'intérêt collectif dans et hors de l'entreprise.

L'accroissement des inégalités confirme tous les jours que les situations des salariés sont très hétérogènes et que leurs intérêts peuvent être contradictoires. La solidarité est une valeur essentielle. Elle nous fait obligation de rechercher la meilleure cohérence entre intérêt général et intérêt particulier. À tous les niveaux cette fonction syndicale est cruciale. Or, plus la négociation s'éloigne de l'entreprise, plus cette question est redoutable. C'est pourquoi la CFDT et la CGT proposent que la représentativité au niveau d'une branche soit mesurée en cumulant le résultat des élections des entreprises qui la composent. Quant à la représentativité nationale interprofessionnelle, elle doit reposer sur une représentativité vérifiée dans un nombre significatif de branches. Une élection nationale pour mesurer la représentativité reviendrait à considérer le salarié comme un « électeur social » peu motivé face à une série de professions de foi syndicales. Entre ce type d'élection nationale et une représentativité mesurée par le cumul des élections dans les entreprises, il y a la même distance qu'entre un référendum et l'action syndicale. Dans le premier cas, on additionne des opinions individuelles. Dans le second, on développe des pratiques permettant aux salariés de prendre collectivement leur destin en main. La réforme de la représentativité est au coeur de la démocratie sociale. Sa rénovation passe par un renforcement de la relation directe entre les salariés et leurs représentants, pour débattre et comprendre un monde compliqué. C'est dans cette relation que se construisent le sens commun et l'envie d'agir.

L'évolution des règles de la représentativité doit se faire en cohérence avec ce qui fonde le syndicalisme. Il est le moyen que les salariés se donnent pour s'organiser sur leur lieu de travail afin d'agir sur leur devenir. C'est d'autant plus important face à l'éclatement des entreprises et leur éparpillement à l'échelle mondiale. La rénovation de la représentativité que revendique la CFDT prend sens dans un syndicalisme qui tire aussi sa légitimité de ses propositions, de ses actes, de son action sur les lieux de travail et dans une finalité qui vise à apporter des résultats. 

© 2010